Le cardinal lâcha son secret, et l'abbé de
Vauréal dit la belle pensée qu'on venait porter
l'olivier, et se mit beaucoup à rire. Dès que l'on
sut cela, les ennemis d'Olivieri se
déchaînèrent si fort qu'il ne put plus
être question de lui, et il y a eu un écrit où
on disait : " Je ne me soucie point d'être damné,
pourvu que je puisse poignarder ce cardinal Olivieri
dès qu'il sera pape. " - " Qu'ai-je fait aux
Français, disait Olivieri, pour aller divulguer un secret
qui me ferait manquer dix papautés ? " - Vous remarquerez
que ce qui faisait dire cela au cardinal de Rohan et
à Vauréal, c'est que la faction française et
celle de l'empereur s'étaient réunies pour Olivieri.
Mais les Albani, qui ne voulaient pas qu'on leur fît un pape
à la barbe, comprirent cela. Vous remarquerez que la
faction de France, jointe à celle d'Espagne, laquelle avait
ordre de suivre celle de France, avait douze cardinaux, et celle
de l'empereur n'en avait que trois : car les Allemands
n'étaient pas venus, Cienfuegos comptant sur les cardinaux
du Milanais et du royaume de Naples, lesquels prétendirent
n'être d'aucune faction, comme effectivement cela a toujours
été. Or il y avait bien de la sottise de donner
douze cardinaux à Cienfuegos, qui n'en avait que trois, et
qui était (disait-il) le chef. Et effectivement il
l'était et procédait ainsi.
Olivieri manque. On convient de porter Piazza. Et les Albani
n'en voulurent pas non plus (quoiqu'une de leurs
créatures), parce que les Couronnes le voulaient faire.
Vous remarquerez que le cardinal de Polignac n'était de
rien de tout cela. Quand il voulut, en arrivant, savoir
l'état des choses, M. de Tencin le renvoya au cardinal de
Rohan ; le cardinal de Rohan, à Ottoboni. Ottoboni lui dit
qu'il n'en savait rien, et que c'était au cardinal de Rohan
à l'instruire. Et, quand il voulait aller dans la cellule
du cardinal de Rohan , il était en affaires ou malade.
Un jour, Albani dit au cardinal de Polignac : " Eh bien ! en
quel état sont vos affaires ? - je n'en sais rien, dit-il,
car on ne me communique rien. Mais on dit que vous voulez faire
Piazza. - Il ne le sera jamais, dit Albani. - Mais vous avez
donné parole au cardinal Cienfuegos pour Piazza. - Je ne la
lui ai jamais donnée. Il est vrai que je lui ai dit que je
n'avais aucune raison particulière pour rejeter Piazza.
Mais autre chose est de n'avoir rien contre un homme, ou porter
ses intérêts, et, puisqu'ils veulent me faire les
choses de haute lutte, je ne le ferai jamais. "