Gli Orsini e la Litteratura

 

Montesquieu
Voyages
Chapitre 9. Rome (p 271) ed. Arléa

 
Index des noms: Albani (famille), Benoît XIII (Pier Francesco Orsini), Cienfuegos (cardinal), de Rohan (cardinal), M. de Tencin, de Vauréal (abbé), Gualtieri (cardinal), Innocent XIII, Monti, Olivieri (cardinal), Orsini (Pier Francesco, cardinal), Ottoboni (cardinal), Paolucci (cardinal), Pereira (cardinal), Piazza (cardinal).
 
Election de Benoît XIII
 
Au conclave d'Innocent XIII, les cardinaux français eurent peu de part, parce que les Albani étaient convenus avant qu'ils arrivassent. A celui de Benoît XIII, le cardinal de Rohan fit mille sottises. On était convenu d'Olivieri par toutes les cours.
 
Le cardinal lâcha son secret, et l'abbé de Vauréal dit la belle pensée qu'on venait porter l'olivier, et se mit beaucoup à rire. Dès que l'on sut cela, les ennemis d'Olivieri se déchaînèrent si fort qu'il ne put plus être question de lui, et il y a eu un écrit où on disait : " Je ne me soucie point d'être damné, pourvu que je puisse poignarder ce cardinal Olivieri dès qu'il sera pape. " - " Qu'ai-je fait aux Français, disait Olivieri, pour aller divulguer un secret qui me ferait manquer dix papautés ? " - Vous remarquerez que ce qui faisait dire cela au cardinal de Rohan et à Vauréal, c'est que la faction française et celle de l'empereur s'étaient réunies pour Olivieri. Mais les Albani, qui ne voulaient pas qu'on leur fît un pape à la barbe, comprirent cela. Vous remarquerez que la faction de France, jointe à celle d'Espagne, laquelle avait ordre de suivre celle de France, avait douze cardinaux, et celle de l'empereur n'en avait que trois : car les Allemands n'étaient pas venus, Cienfuegos comptant sur les cardinaux du Milanais et du royaume de Naples, lesquels prétendirent n'être d'aucune faction, comme effectivement cela a toujours été. Or il y avait bien de la sottise de donner douze cardinaux à Cienfuegos, qui n'en avait que trois, et qui était (disait-il) le chef. Et effectivement il l'était et procédait ainsi.

Olivieri manque. On convient de porter Piazza. Et les Albani n'en voulurent pas non plus (quoiqu'une de leurs créatures), parce que les Couronnes le voulaient faire.

Vous remarquerez que le cardinal de Polignac n'était de rien de tout cela. Quand il voulut, en arrivant, savoir l'état des choses, M. de Tencin le renvoya au cardinal de Rohan ; le cardinal de Rohan, à Ottoboni. Ottoboni lui dit qu'il n'en savait rien, et que c'était au cardinal de Rohan à l'instruire. Et, quand il voulait aller dans la cellule du cardinal de Rohan , il était en affaires ou malade.

 
Un jour, Albani dit au cardinal de Polignac : " Eh bien ! en quel état sont vos affaires ? - je n'en sais rien, dit-il, car on ne me communique rien. Mais on dit que vous voulez faire Piazza. - Il ne le sera jamais, dit Albani. - Mais vous avez donné parole au cardinal Cienfuegos pour Piazza. - Je ne la lui ai jamais donnée. Il est vrai que je lui ai dit que je n'avais aucune raison particulière pour rejeter Piazza. Mais autre chose est de n'avoir rien contre un homme, ou porter ses intérêts, et, puisqu'ils veulent me faire les choses de haute lutte, je ne le ferai jamais. "
 
Le cardinal de Polignac alla chez le cardinal de Rohan, qui lui dit : J'allais envoyer chez vous, pour vous demander si vous aviez à écrire, parce que je vais faire partir un courrier pour annoncer au roi que le cardinal Piazza sera demain élu pape. - Le savez-vous bien ? dit le cardinal de Polignac. - Oui, je le sais bien. - Monsieur, dit-il n'écrivez pas : vous ne savez pas qu'il n'y a rien qui soit sujet à plus de révolutions que les projets qui se font dans les conclaves ! "
 
Le cardinal de Rohan crut qu'il voulait l'empêcher d'avoir la gloire de la prophétie, écrivit à la cour que Piazza serait nommé le lendemain, et le courrier avait ordre de porter un billet au marquis Monti, en passant à Bologne, où il lui mandait : " Vous serez bien aise d'apprendre que le cardinal Piazza sera élu demain. " Monti communiqua cette lettre au Sénat de Bologne, qui fit une députation pour complimenter le frère de Piazza, auquel mille lettres de félicitations plurent de tous côtés.
 
Cependant, pour se moquer du cardinal de Rohan, les Albani firent donner 17 voix à Orsini , et, le lendemain, 17 voix à Paolucci. Rohan resta comme un fondeur de cloche. Il fit assembler les cardinaux des Couronnes auxquels se joignit Pereira, pour les Portugais, et déclama beaucoup contre la perfidie des Albani ; et il fut résolu de brusquer la chose et de l'emporter d'assaut. Le cardinal de Polignac dit qu'il ne réussirait pas. " M. le cardinal de Polignac sait toujours les choses mieux que les autres. - Oui, dit le cardinal, je sais mieux les choses que je sais, que ceux qui ne les savent pas. Ne vous dis-je pas que Piazza ne serait pas élu, et qu'il ne fallait pas envoyer le courrier ? " Pereira dit que, quand las quatro Coronas… " Monsieur, dit Polignac, il faut dire quatre Couronnes, mais non pas les quatre Couronnes : car il n'y en a que trois . " Comment ne s'informer pas, par soi-même, si la parole que Cienfuegos disait avoir était sérieuse ?
 
Enfin, tous les jours, les voix croissaient pour Orsini , et les nationaux dirent : " si le manège était sérieux pour Orsini , on y viendrait. - Pourquoi non ? Dit Albani. C'est un saint. " Il fut fait pape. Il voulait s'évader et descendre par la fenêtre. " Signor cardinale, disait-il au cardinal de Polignac, sono incapace. Non so che qualche fraterie. Jo governerò male. Non conosco gli affari della Camera, che è ruinata. La ruinerò ancora più. Non conosco, gli affari della Cristianità. Mi condurrò male ". Enfin, il lui dit qu'il ferait tout ce qu'il a fait. Mais il fut fait pape. Le cardinal de Rohan dit que c'était Gualtieri qui lui avait dit qu'il ne fallait pas mettre Polignac dans le secret. - Je tiens ces choses de M. le cardinal de Polignac.
 
 
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