Familles Romaines/Famiglie Romane

Par

Marita Baronne de Hutschler

"Editions Florentines"

Florence & Cambridge Mass.

1934


Quelques remarques sur les origines des plus anciennes et nobles Familles Romaines. Florence & Cambridge, Mass., Editions Florentines 1934, XII-83p., in-folio, cartonnage d'éditeur. Aldobrandini, Altieri, Anguillara, Barberini, Boncompagni, Bonelli, Borghèse, Caietani, Cesarini, Cesi, Chigi, Colonna, Conti, Farnèse, Frangipani, Ludovisi, Mattei, Odescalchi, Orsini, Pamphili, Peretti, Rospigliosi, Savelli, Sforza. D'après des documents inédits, avec commentaires de l'auteur et préface du Dr Cornelius Ver Heyden de Lancey, directeur des Editions Florentines; introduction du professeur Henri Graillot, directeur de l'Institut français de Florence.Très rare et bel ouvrage tiré à seulement 55 exemplaires numérotés, signés par l'auteur et le typographe. Typographie en caractères Nicolas Cochin, corps 16, 12 & 8, sur papier vergé pur chiffon. Vingt-quatre armoiries gravées sur bois et coloriées à la gouache précèdent le chapitre consacré à chaque famille. Envoi de l'auteur à Nicolas Landau "en souvenir des belles journées à Monte Carlo".

A ma chère et fidèle amie Ney comtesse Carr de Ried en souvenir de ces heures romaines passées en exquise et parfaite harmonie de sentiment et d'esprit.


Préface

Nous nous trouvons bien honorés que Madame de Hutschler ait eu la pensée de confier aux Editions Florentines la publication du résultat de ses recherches sur les origines des plus anciennes et nobles familles romaines.

Femme de lettres avisée, connue par ses intéressants articles de critique et d'actualité, un long séjour dans la Ville Eternelle lui a permis d'augmenter nos connaissances en cette matière. Tous les détails d'histoire qu'elle présente dans une forme impeccable proviennent des documents inédits qui sont en sa possession ou qu'elle a puisés dans les archives publiques ou privées.

De plus il faut savoir gré à l'auteur d'avoir conservé la tournure et le style de l'époque dont datent la plupart de ces sources. Sans doute bien des informations furent déjà publiées, presque toujours en langue italienne, et sont reprisent dans cette étude.………

Cornelius ver Heyden de Lancey

 

Introduction

Que de souvenirs évoquent ces pages, consacrées aux grandes familles Romaines, et ces armoiries, dont beaucoup se retrouvent partout à Rome, scultéees sur la pierre ou le marbre de tant d'édifices! C'est toute l'histoire de la Rome papale qui revit ici. Cette histoire sur laquelle ont fleuri tant de légendes, voudrait se rattacher directement à celle de la Rome antique. Plusieurs des plus anciennes familles se prétendaient issues de la Gens Anicia. Les Colonna faisaient remonter leur origine à Trajan. Les Savelli revendiquaient pour ancêtre un roi d'Albe qui batailla contre Enée. A vrai dire, ne cherchons pas au-delà des temps féodaux. Mais pendant près de 500 ans, les Orsini et les Colonna vont remplir de leurs faits et gestes les annales de Rome. Ecoutons le chant de Pétrarque:
Orsi, Lupi, Leoni, aquile e serpi
Ad un gran marmorea colonna
Fanno noia sovente a se' danno
Di costor piange quella gentil donna
 
La colonne de marbre, forte et défiant les siècles, comme celles qu'admirât Pétrarque dans les ruines de la Rome impériale, c'est la famille des Colonna, qui porte en effet une colonne d'argent dans ses armoiries. Aussi bien, n'est-ce pas à cette puissante famille que le poète doit sa conception de la grandeur romaine ? Ours, loups, lions, aigles et serpents qui se liguent pour l'ébranler et "se nuisent à eux-mêmes", nous les reconnaissons sans peine. Ce sont les Orsini, que les plus vieilles chroniques dénomment "Fils de l'Ours", les Savelli dont deux lions ornent l'écusson, les Conti, dont l'emblême était un aigle couronné et, pour un autre rameau, le loup, les Caetani, qui font serpenter deux ondes d'azur entre deux aigles d'argent sur leur blason. La très-noble et "gentile Dame" qu'ils font pleurer, c'est Rome. Mais tous voulurent la consoler en lui donnant des souverains pontifes, des cardinaux de grand renom, des capitaines de haute valeur. D'autres familles surgissent plus tardivement dans l'histoire. Celles-ci doivent leur lustre à des papes issus d'elles, qui les ont princièrement dotées et titrées. Quelques-uns étaient romaines ou des états romains: Les Altieri, les Farnèse, les Pamphili, les Boncompagni, venus de Bologne avec Grégoire XIII au seizième siècle, les Ludovisi, venus de Bologne avec grégoire XV au dix-septième siècle. Plusieurs étaient de souche toscane: les Albrandini, originaires de Florence, les Barberini, d'ancêtres également florentins, les Rospigliosi de Pistoie, les Borghèse et les Chigi, des siennois qui avaient déjà fourni à Rome les uns des jurisconsultes et des capitaines, les autres le banquier de Léon X, l'Agostino Chigi de la Farnésine. Il en vint aussi de l'Italie du Nord: les piémontais Bonelli avec Pie V, élu pape en 1566, les Odescalchi de Côme avec Innocent XI, élu pape en 1676. Ainsi se constitua, à côté de l'ancienne aristocratie féodale, une aristocratie papale. La papauté ne crée plus seulement des princes de l'Eglise, dont la dignité s'éteint avec eux; elle crée des princes romains, dont la dignité se transmet aux descendants. Si les papes faisaient alors la fortune de leurs familles, celles-ci ont fait la fortune de Rome. Elle l'ont transformée et magnifiée. Sans trop de respect - hélas! - pour les monuments de l'architecture antique, mais avec un sentiment profond de cette majesté romaine, elles ont entrepris la reconstruction d'une Rome impériale. Complétant l'œuvre des papes, elles ont bâti la Rome d'hier, dont la splendeur unique se perpétue et s'achève dans la Rome d'aujourd'hui.

"Rome est une grave école disait", disait Goethe, "où chaque jour dit tant de choses que l'on ose n'en parler". C'est pourquoi l'on doit remercier respectueusement la baronne de Hutschler de nous faire entendre, dans ce beau volume, ce que disent les abeilles d'or des Barberini, la blanche Colombe des Pamphili, les aigles de Caietani, les Mattei et des Odescalchi, l'aigle et le dragon des Borghèse, les lions des Savelli et des Sforza, la montagne et les oeuvres des Chigi, les lys bleus des Farnèse.

Henri Graillot (Pr.)

 
Famille Orsini - Ducs de Bracciano. Chefs des Barons Romains et Prince de Soglio.

Armoiries: Bandé d'argent et de gueules, au chef d'argent chargé d'une rose de gueules, soutenu d'une fasce chargée d'une anguille d'azur.

L'opinion des écrivains sur l'origine de cette Famille si illustre et ancienne n'est point toujours la même. Quelques-uns pensent qu'elle est issue des Rois de France et d'autres de ceux d'Allemagne. Sigismond de Foligno, dans ces Commentaires nous dit qu'elle descend d'un certain Orsino qui fut Général sous l'Empire de Constantin en Orient. Parmi les italiens, il avait passé inobservé à cause de l'émulation d'autres guerriers, mais en Orient les Romains reconnurent sa valeur et l'estimèrent selon tous ses mérites. Charles II, roi de France, se trouvant en Italie chercha à s'attacher Nicolas Orsini qui commandait les armées de la République de Venise et portait le titre nobiliaire de Comte de Bettigliano (a). Le Sansovino assigne à cette Famille une origine non moins importante comme descendante des Goths et la dit provenante de la province d'Ombrie, dont les habitants selon Pline le Jeune (1) furent les plus anciens de l'Italie. Pétrarque et Volterrano (2), tous deux écrivains d'un crédit assuré, accordent dans leur écrits à la Famille Orsini de nombreux châteaux qu'elle possédait jadis en Ombrie, et aussi nous raccontent qu'elle y possédait des terres d'une grande extension. Dans la ville très ancienne de Spolète l'on voit des ruines d'une ville dit Orsaia, et même en plusieurs endroits de la Sabine l'on reconnaît maints fragments de leurs armoiries. L'Empereur Justinien nomma un membre de la Famille Orsini Préfet de l'Ombrie. Dans certaines chroniques allemandes il est dit que la Maison Orsini posséda longtemps la Saxe et le Brandebourg, ayant alors trois votes aux élections de l'Empire; l'Etat de Clèves (b) aussi lui appartint, et pour payer les dettes on vendit la ville et le Duché de Bracciano avec d'autres terres annexes à Don Livi Odescalchi (c). Une autre branche des Orsini est celle de Naples, portant le titre de Ducs de Gravina, grande ville du Royaume. De celle-ci sont Don Dominique Orsini et son frère aîné qui, très jeune encore, renonça au droit d'aînesse pour se faire religieux Dominicain. Don Dominique épousa une des nièces du pape Clément X, (qui fut Emile Bonaventure Altieri, prince d'Oriuolo (d)) lequel le nomma ensuite Cardinal grâce à ce mariage, et le fit aussi Evêque de Bénévent, autre ville du Royaume. Une troisième branche de cette famille était celle des Princes de la Madriccia, un petit Etat du Royaume dont le chef mourut, très agé, après avoir vécu enfermé dans le château Saint-Ange pendant plus de trente ans pour avoir assassiné sa propre femme, une Dame Romaine de la Maison Coffarella (e). Il réussit quand même par ses ruses à se remarrier à une femme de basse origine, c'est à dire avec la fille d'un boucher, que, prisonnier, il pouvait distinguer du Château à l'aide d'une longue vue. Remis en liberté par Clément X, il retourna avec sa nouvelle épouse dans ses terres de Madriccia, où il vécut encore pendant quelques années tranquillement et en bonne santé, laissant aussi, semble-t-il des successeurs. Théodose Orsini en fut le dernier possesseur. En Italie, cette famille eut la province de Romagne, le Duché de Spolète et la ville de Vérone. En Allemagne elle régna sous le titre de Marquis de Bade, y étant très estimée. Les Orsini possédèrent aussi le Comté d'Anguillara dont la juridiction fut achetée au Pape Alexandre VI pour 52 000 écus, payés au compte de Jourdain Orsini par le Roi de Naples, son beau-père. Théodose le Jeune fut le premier des Orsini qui porta le titre de Prince, depuis 451. Charlemagne fit don à Petuglio Orsini du Comté de Bettiglio (f). Enfin cette Famille, pour avoir soutenu le Parti Guelfe qui était celui du pape contre le Parti Gibelin, impérial, fut chassée de Rome en 1010, et deux frères Orsini passèrent alors en Allemagne où ils restèrent célèbres et eurent maintes terres qui prirent leur nom: il existe aujourd'hui encore aux confins de Bohême le Château de Rosenberg, bâti par eux. Bien plus encore, cette famille s'apparenta avec tous les Royaumes Chrétiens et plusieurs de ses princesses devinrent Reines de Danemark, de Suède et de Norvège. Agnès Orsini épousa le Roi Przemyslas de Pologne (g). Cunégonde Orsini devint Reine de Hongrie en épousant le Roi Beda. Ladislas, Roi de Naples, épousa la veuve de Romandello Orsini. Ponello Orsini se maria avec Agnès, la fille du Roi de Terraglia, et deux sœurs Orsini épousèrent l'une Andronic, Empereur d'Orient, et l'autre Roi de Castille. Cette Maison compte un nombre considérable d'hommes illustres; et le premier qui porta le titre de Cardinal fut un des Orsini. Le dernier de cette lignée, Don Flave Orsini (h), épousa en âge déjà avancé une française, Madame de Sciallée, la sœur de la Duchesse Lanti; en 1698 Don flave étant mort, sa femme resta dans le palais de la Place Navona, au coin duquel se trouve le célèbre "Pasquino".

1. Pline le Jeune (Caius Caecilius Secundus), écrivain latin (62-113)
2. Baldassarre Franceschini detto il Volterrano, peintre (1611-1689)
 
Notes
a. Pittigliano
b. Kleve (Allemagne)
c. Don Livio Odescalchi
d. Prince d'Oriolo
e. Maison Caffarella
f. Provincio Benevento
g. Roi Przemyslaw de Pologne
h. Don Flavio Orsini

 Sommaire/Sommario
Editus Ursae