
A ma chère et fidèle amie Ney comtesse Carr de Ried en souvenir de ces heures romaines passées en exquise et parfaite harmonie de sentiment et d'esprit.
Préface
Nous nous trouvons bien honorés que Madame de Hutschler ait eu la pensée de confier aux Editions Florentines la publication du résultat de ses recherches sur les origines des plus anciennes et nobles familles romaines.
Femme de lettres avisée, connue par ses intéressants articles de critique et d'actualité, un long séjour dans la Ville Eternelle lui a permis d'augmenter nos connaissances en cette matière. Tous les détails d'histoire qu'elle présente dans une forme impeccable proviennent des documents inédits qui sont en sa possession ou qu'elle a puisés dans les archives publiques ou privées.
De plus il faut savoir gré à l'auteur d'avoir conservé la tournure et le style de l'époque dont datent la plupart de ces sources. Sans doute bien des informations furent déjà publiées, presque toujours en langue italienne, et sont reprisent dans cette étude.………
Cornelius ver Heyden de Lancey
"Rome est une grave école disait", disait Goethe, "où chaque jour dit tant de choses que l'on ose n'en parler". C'est pourquoi l'on doit remercier respectueusement la baronne de Hutschler de nous faire entendre, dans ce beau volume, ce que disent les abeilles d'or des Barberini, la blanche Colombe des Pamphili, les aigles de Caietani, les Mattei et des Odescalchi, l'aigle et le dragon des Borghèse, les lions des Savelli et des Sforza, la montagne et les oeuvres des Chigi, les lys bleus des Farnèse.
Henri Graillot (Pr.)
L'opinion des écrivains sur l'origine de cette Famille si illustre et ancienne n'est point toujours la même. Quelques-uns pensent qu'elle est issue des Rois de France et d'autres de ceux d'Allemagne. Sigismond de Foligno, dans ces Commentaires nous dit qu'elle descend d'un certain Orsino qui fut Général sous l'Empire de Constantin en Orient. Parmi les italiens, il avait passé inobservé à cause de l'émulation d'autres guerriers, mais en Orient les Romains reconnurent sa valeur et l'estimèrent selon tous ses mérites. Charles II, roi de France, se trouvant en Italie chercha à s'attacher Nicolas Orsini qui commandait les armées de la République de Venise et portait le titre nobiliaire de Comte de Bettigliano (a). Le Sansovino assigne à cette Famille une origine non moins importante comme descendante des Goths et la dit provenante de la province d'Ombrie, dont les habitants selon Pline le Jeune (1) furent les plus anciens de l'Italie. Pétrarque et Volterrano (2), tous deux écrivains d'un crédit assuré, accordent dans leur écrits à la Famille Orsini de nombreux châteaux qu'elle possédait jadis en Ombrie, et aussi nous raccontent qu'elle y possédait des terres d'une grande extension. Dans la ville très ancienne de Spolète l'on voit des ruines d'une ville dit Orsaia, et même en plusieurs endroits de la Sabine l'on reconnaît maints fragments de leurs armoiries. L'Empereur Justinien nomma un membre de la Famille Orsini Préfet de l'Ombrie. Dans certaines chroniques allemandes il est dit que la Maison Orsini posséda longtemps la Saxe et le Brandebourg, ayant alors trois votes aux élections de l'Empire; l'Etat de Clèves (b) aussi lui appartint, et pour payer les dettes on vendit la ville et le Duché de Bracciano avec d'autres terres annexes à Don Livi Odescalchi (c). Une autre branche des Orsini est celle de Naples, portant le titre de Ducs de Gravina, grande ville du Royaume. De celle-ci sont Don Dominique Orsini et son frère aîné qui, très jeune encore, renonça au droit d'aînesse pour se faire religieux Dominicain. Don Dominique épousa une des nièces du pape Clément X, (qui fut Emile Bonaventure Altieri, prince d'Oriuolo (d)) lequel le nomma ensuite Cardinal grâce à ce mariage, et le fit aussi Evêque de Bénévent, autre ville du Royaume. Une troisième branche de cette famille était celle des Princes de la Madriccia, un petit Etat du Royaume dont le chef mourut, très agé, après avoir vécu enfermé dans le château Saint-Ange pendant plus de trente ans pour avoir assassiné sa propre femme, une Dame Romaine de la Maison Coffarella (e). Il réussit quand même par ses ruses à se remarrier à une femme de basse origine, c'est à dire avec la fille d'un boucher, que, prisonnier, il pouvait distinguer du Château à l'aide d'une longue vue. Remis en liberté par Clément X, il retourna avec sa nouvelle épouse dans ses terres de Madriccia, où il vécut encore pendant quelques années tranquillement et en bonne santé, laissant aussi, semble-t-il des successeurs. Théodose Orsini en fut le dernier possesseur. En Italie, cette famille eut la province de Romagne, le Duché de Spolète et la ville de Vérone. En Allemagne elle régna sous le titre de Marquis de Bade, y étant très estimée. Les Orsini possédèrent aussi le Comté d'Anguillara dont la juridiction fut achetée au Pape Alexandre VI pour 52 000 écus, payés au compte de Jourdain Orsini par le Roi de Naples, son beau-père. Théodose le Jeune fut le premier des Orsini qui porta le titre de Prince, depuis 451. Charlemagne fit don à Petuglio Orsini du Comté de Bettiglio (f). Enfin cette Famille, pour avoir soutenu le Parti Guelfe qui était celui du pape contre le Parti Gibelin, impérial, fut chassée de Rome en 1010, et deux frères Orsini passèrent alors en Allemagne où ils restèrent célèbres et eurent maintes terres qui prirent leur nom: il existe aujourd'hui encore aux confins de Bohême le Château de Rosenberg, bâti par eux. Bien plus encore, cette famille s'apparenta avec tous les Royaumes Chrétiens et plusieurs de ses princesses devinrent Reines de Danemark, de Suède et de Norvège. Agnès Orsini épousa le Roi Przemyslas de Pologne (g). Cunégonde Orsini devint Reine de Hongrie en épousant le Roi Beda. Ladislas, Roi de Naples, épousa la veuve de Romandello Orsini. Ponello Orsini se maria avec Agnès, la fille du Roi de Terraglia, et deux sœurs Orsini épousèrent l'une Andronic, Empereur d'Orient, et l'autre Roi de Castille. Cette Maison compte un nombre considérable d'hommes illustres; et le premier qui porta le titre de Cardinal fut un des Orsini. Le dernier de cette lignée, Don Flave Orsini (h), épousa en âge déjà avancé une française, Madame de Sciallée, la sœur de la Duchesse Lanti; en 1698 Don flave étant mort, sa femme resta dans le palais de la Place Navona, au coin duquel se trouve le célèbre "Pasquino".